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Pourquoi la bienveillance ne suffit pas

  • il y a 5 jours
  • 5 min de lecture

Les coulisses du coaching TDAH — Épisode 1


La bienveillance, l'écoute et l'empathie sont indispensables à toute relation de coaching.


Mais suffisent-elles pour qu'un client se sente réellement libre de dire ce qu'il pense ?


Pas toujours.


Un client peut acquiescer, remercier son coach, repartir avec un objectif parfaitement défini… tout en gardant pour lui une partie importante de ce qu'il ressent. Il peut ne pas avoir compris une question. Ne pas être convaincu par une stratégie. Trouver l'objectif trop ambitieux. Savoir qu'il ne réalisera probablement pas le plan d'action proposé.


Et pourtant répondre : « Oui, ça me va. ».


Dans le coaching TDAH, cette nuance mérite une attention particulière.


Être bienveillant ne garantit pas que tout puisse être dit


Un coach peut être profondément respectueux, empathique et attentif à son client. Cela ne signifie pas pour autant que celui-ci se sent immédiatement capable d'exprimer un désaccord, une incompréhension ou une difficulté. Car le client n'arrive jamais en coaching sans histoire.


Certaines personnes vivant avec un TDAH ont connu, parfois pendant de nombreuses années, des remarques répétées concernant leur organisation, leurs oublis, leur impulsivité, leur gestion du temps ou leur difficulté à terminer ce qu'elles commencent.


« Tu pourrais faire un effort. »

« Tu dois simplement mieux t'organiser. »

« Pourtant, quand tu veux, tu peux. »

« Tu ne fais jamais attention. »


Ces expériences peuvent progressivement influencer la manière dont une personne se positionne face aux attentes des autres. Elle peut apprendre à acquiescer. À minimiser certaines difficultés. À montrer qu'elle a compris. À essayer de répondre à ce qu'elle pense que l'on attend d'elle. Et ces mécanismes ne disparaissent pas nécessairement lorsque commence un coaching.


Le risque de confondre coopération et adhésion


Imaginez une séance qui semble particulièrement productive.


— L'objectif est défini.

— Le client participe.

— Le coach propose une stratégie.


Le client répond : « Oui, je vais essayer. »

La séance se termine sur une impression positive. Mais la semaine suivante, rien n'a changé.

La première interprétation pourrait être de penser que le client manque de motivation ou qu'il n'a pas suffisamment mis en œuvre ce qui avait été décidé.


Il existe pourtant une autre possibilité : et si le client n'avait jamais réellement adhéré à ce qui avait été construit ?


Il a peut-être accepté parce que la proposition semblait logique. Parce qu'il faisait confiance au coach. Parce qu'il ne savait pas comment expliquer son hésitation. Ou simplement parce qu'il ne voulait pas décevoir.


C'est ici que la qualité de l'alliance de coaching devient essentielle.


Qu'est-ce que l'alliance de travail en coaching ?


L'alliance de travail ne correspond pas simplement au fait de « bien s'entendre » avec son coach. Elle repose notamment sur la qualité de la relation et sur la collaboration qui se construit autour des objectifs et du travail réalisé pendant l'accompagnement.


Autrement dit, une bonne alliance ne signifie pas seulement : « Mon client apprécie nos séances. » Elle suppose aussi que le client puisse participer activement à la construction de son accompagnement. Cela implique qu'il puisse dire :


— « Je ne comprends pas. »

— « Cet objectif ne me correspond pas. »

— « Cette stratégie ne fonctionne pas pour moi. »

— « J'aimerais essayer autrement. »

— « Je ne suis pas d'accord. »


Ces phrases ne sont pas le signe d'un mauvais coaching. Au contraire. Elles peuvent être le signe que le client se sent suffisamment en sécurité pour participer réellement au processus.


Ce que la recherche nous apprend sur l'alliance de coaching


L'importance de cette relation ne relève pas uniquement de l'intuition clinique. Une méta-analyse publiée dans Human Relations par Graßmann, Schölmerich et Schermuly a analysé 27 échantillons représentant 3 563 processus de coaching.

Les chercheurs ont observé une association positive entre la qualité de l'alliance de travail et les résultats du coaching. Ils ont également observé qu'une meilleure alliance était associée à moins d'effets indésirables liés au coaching.

Ces résultats rappellent un principe essentiel : la relation n'est pas simplement le cadre dans lequel se déroule le coaching. Elle fait partie du processus.

 

Référence scientifique

Graßmann, C., Schölmerich, F. & Schermuly, C. C. (2020). The relationship between working alliance and client outcomes in coaching: A meta-analysis. Human Relations, 73(1), 35–58.

 

Pourquoi cette alliance mérite une attention particulière dans le coaching TDAH


Accompagner une personne avec un TDAH ne consiste pas uniquement à travailler l'organisation, la procrastination, la gestion du temps ou les fonctions exécutives.

Le coach doit également être attentif à la manière dont son client entre dans la relation de coaching.


— Est-il réellement d'accord avec l'objectif ?

— Ose-t-il dire qu'une stratégie ne lui convient pas ?

— Exprime-t-il ses difficultés telles qu'il les vit réellement ?

— Ou cherche-t-il déjà à devenir le « bon client » qui réalise ce qui lui est proposé ?


Ces questions sont importantes parce qu'une stratégie ne peut être véritablement individualisée que si le coach dispose d'informations authentiques sur ce que vit la personne.


Le coach spécialisé ne cherche pas seulement

la bonne question


On associe souvent le coaching à l'art de poser des questions.

Mais la qualité d'une question ne dépend pas uniquement de sa formulation. Elle dépend également de l'espace relationnel dans lequel elle est posée.


Un coach peut poser une excellente question. Si le client pense qu'il existe une « bonne réponse », la question perd une partie de son intérêt. Le travail du coach spécialisé consiste donc aussi à créer progressivement les conditions permettant au client de répondre :


 « Je ne sais pas. »

 « Je ne suis pas sûr. »

 « Non. »


Et parfois même : « Ce que vous me proposez ne m'aide pas. »


Pouvoir accueillir ces réponses sans se défendre, sans convaincre et sans les interpréter immédiatement comme une résistance fait partie de la posture professionnelle.



La bienveillance est le point de départ, pas le point d'arrivée


La bienveillance reste évidemment indispensable. Mais elle ne suffit pas à construire une alliance de qualité. Cette alliance se construit dans la possibilité de questionner, d'hésiter, de revenir sur une décision et d'ajuster le processus.

Pour le coach spécialisé TDAH, cela signifie parfois ralentir là où il serait tentant d'avancer. Vérifier plutôt que supposer. Explorer plutôt que conclure. Et accepter qu'une séance productive ne soit pas nécessairement celle qui se termine avec le plus beau plan d'action.

Parfois, le véritable progrès est simplement qu'un client puisse enfin dire : « Non, cela ne me convient pas. »


En conclusion


Le coaching TDAH ne repose pas uniquement sur des outils ou des techniques. Il repose aussi sur la capacité du coach à comprendre ce qui peut se jouer dans la relation et à construire un espace où le client n'a pas besoin de s'adapter pour être accompagné.


C'est cette articulation entre connaissance du TDAH, compétences de coaching et posture professionnelle qui permet de construire progressivement une expertise spécialisée.


Les outils s'apprennent.

Le TDAH se comprend.

La posture se travaille.

L'expertise se construit.


TDAH EC

 


À suivre — Épisode 2

Coaching TDAH : quand dire « oui » ne signifie pas vraiment adhérer


Dans le prochain article, nous nous intéresserons à une distinction essentielle en coaching : celle qui existe entre accepter un objectif et se l'approprier réellement.

 
 
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