Quand dire « oui » ne signifie pas vraiment adhérer
- il y a 2 jours
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Dernière mise à jour : il y a 13 heures
Les coulisses du coaching TDAH — Épisode 2
« Oui, cet objectif me convient. »
« Oui, je vais essayer cette semaine. »
« Oui, je pense que je peux le faire. »
En coaching, ces réponses sont rassurantes. Le client semble avoir compris. L'objectif est défini. Le plan d'action est construit. Tout paraît réuni pour passer à l'étape suivante.
Et pourtant, la semaine suivante, rien n'a bougé.
Le premier réflexe pourrait être de questionner la motivation du client.
Mais une autre question mérite parfois d'être posée : Ce « oui » exprimait il une véritable adhésion… ou simplement un accord sur le moment ?
Dans le coaching TDAH, cette distinction est essentielle.
Accepter un objectif n'est pas forcément se l'approprier
Un objectif peut être parfaitement logique. Bien formulé. Réaliste. Mesurable. Et pourtant ne provoquer aucun véritable engagement. Pourquoi ?
Parce qu'un objectif n'est pas mobilisateur uniquement parce qu'il est pertinent aux yeux du coach. Il doit également faire sens pour la personne qui va devoir le mettre en œuvre.
Prenons un exemple.
Un client souhaite mieux gérer son quotidien. Ensemble, le coach et lui décident qu'il préparera chaque soir la liste de ses priorités pour le lendemain.
La stratégie semble cohérente.
Le client répond : « Oui, bonne idée. »
Mais a-t-il réellement envie de fonctionner ainsi ?
Est-ce compatible avec son niveau d'énergie en fin de journée ?
A-t-il déjà essayé cette stratégie dix fois auparavant ?
La perçoit-il comme une aide… ou comme une contrainte supplémentaire ?
Le « oui » ne répond pas nécessairement à toutes ces questions.
Pourquoi certaines personnes disent-elles oui trop rapidement ?
Les personnes vivant avec un TDAH peuvent avoir connu, au fil de leur parcours, de nombreuses situations dans lesquelles leur fonctionnement a été questionné.
Organisation
Ponctualité
Concentration
Gestion des tâches
Persévérance
Elles ont parfois reçu beaucoup de conseils sur ce qu'elles devraient faire.
« Fais une liste. »
« Note-le dans ton agenda. »
« Commence simplement plus tôt. »
« Fixe-toi des priorités. ».
Avec le temps, certaines personnes deviennent très compétentes pour reconnaître ce qui semble être la « bonne » réponse. Elles savent parfaitement ce qu'elles devraient faire. Le problème n'est pas nécessairement de le savoir. Le problème est de pouvoir se l'approprier et le mettre en œuvre dans leur réalité quotidienne. Cette distinction est fondamentale en coaching TDAH.
Le piège du plan d'action parfait
Le coaching aime les objectifs. Et pour de bonnes raisons : ils donnent une direction et permettent de transformer une réflexion en action. Mais il existe un risque : construire un excellent plan d'action que le client ne réalisera jamais. Sur le papier, tout fonctionne. Dans la réalité, le plan demande peut-être trop d'étapes. Il sollicite fortement la mémoire de travail. Il suppose d'anticiper. Il demande une initiation de tâche à un moment particulièrement difficile de la journée. Ou il ne génère tout simplement pas suffisamment d'intérêt pour être mobilisateur. Le problème n'est alors pas nécessairement le client. Et ce n'est pas nécessairement un manque de volonté.
C'est peut-être le plan qui n'est pas suffisamment adapté au fonctionnement de cette personne.
La motivation n'est pas simplement une question de volonté
La psychologie de la motivation apporte ici un éclairage particulièrement intéressant. La théorie de l'autodétermination, développée notamment par Edward Deci et Richard Ryan, distingue différentes qualités de motivation. Elle met notamment en évidence trois besoins psychologiques fondamentaux :
l'autonomie, c'est-à-dire le sentiment d'être à l'origine de ses choix ;
la compétence, c'est-à-dire le sentiment de pouvoir agir efficacement ;
le lien, c'est-à-dire le sentiment d'être en relation avec les autres de manière soutenante.
Lorsque ces besoins sont soutenus, la motivation tend à être davantage autonome. Cette distinction est particulièrement pertinente pour le coaching. Car il existe une différence importante entre :
« Je vais le faire parce que je pense que c'est réellement utile pour moi. »
et :
« Je vais le faire parce que c'est probablement ce que je devrais faire. »
Les deux personnes peuvent dire exactement le même « oui ». Mais leur engagement n'est pas nécessairement le même.
Ce que la recherche nous apprend
Les travaux de Deci et Ryan sur la théorie de l'autodétermination montrent que la qualité de la motivation joue un rôle essentiel dans l'engagement et le comportement.
Lorsque la personne perçoit davantage d'autonomie et s'approprie la raison d'agir, sa motivation est plus autonome que lorsqu'elle agit principalement sous l'effet d'une pression ou d'une attente externe.
Pour le coaching TDAH, cette approche rappelle un principe essentiel : obtenir l'accord du client n'est pas l'objectif.
Le travail consiste à construire avec lui un objectif qu'il puisse réellement s'approprier.
Cela demande parfois davantage de temps. Mais un objectif imparfait que le client choisit réellement peut être beaucoup plus mobilisateur qu'un objectif parfaitement formulé auquel il n'adhère qu'en apparence.
Référence scientifique
Deci, E. L. & Ryan, R. M. (2000). The “What” and “Why” of Goal Pursuits: Human Needs and the Self-Determination of Behavior. Psychological Inquiry, 11(4), 227–268.

Comment vérifier l'adhésion réelle du client ?
Demander : « Est-ce que cet objectif vous convient ? » produira facilement un « oui ».
D'autres questions permettent parfois d'aller plus loin :
« Qu'est-ce qui vous donne réellement envie de faire cela ? »
« Sur une échelle de zéro à dix, à quel point avez-vous envie d'essayer cette stratégie ? »
« Qu'est-ce qui pourrait faire que vous ne la mettiez pas en place ? »
« Qu'est-ce qui vous dérange dans ce plan ? »
Ou encore :
« Si vous pouviez modifier une chose dans ce que nous venons de décider, laquelle serait-ce ? »
L'objectif n'est pas de mettre le client à l'épreuve. Il s'agit de lui permettre d'explorer son propre niveau d'adhésion.
Le « je ne sais pas » peut être une excellente réponse
Dans une culture très orientée vers l'action, il peut être tentant de vouloir terminer chaque séance avec un objectif précis.
Mais parfois, la réponse la plus authentique du client est :
« Je ne sais pas encore. »
Ou :
« Je ne suis pas sûr que cela me convienne. »
Ces réponses ne signifient pas que la séance a échoué. Elles peuvent au contraire montrer que le client commence à distinguer ce qu'il pense devoir faire de ce qu'il souhaite réellement essayer.
Le coach spécialisé doit pouvoir laisser cet espace exister. Sans précipiter la décision. Sans remplir le silence. Sans proposer immédiatement une nouvelle solution.
Co-construire plutôt que prescrire
Le coaching TDAH ne consiste pas à trouver à la place du client la meilleure manière de s'organiser.
Le coach apporte ses connaissances, son cadre, ses compétences et ses outils.
Mais le client reste l'expert de son quotidien. Une stratégie doit donc pouvoir être testée.
Modifiée.
Simplifiée.
Abandonnée.
Puis éventuellement remplacée.
Cette logique d'expérimentation est particulièrement importante dans le TDAH.
La question n'est pas : « Quelle est la bonne méthode ? »
Mais : « Quelle méthode fonctionne suffisamment bien pour cette personne, dans sa réalité ? »
En conclusion
Un « oui » peut signifier : « Je suis convaincu. » Mais il peut également signifier :
« Cela semble logique. »
« Je vais essayer de faire ce qu'on attend de moi. »
« Je ne sais pas comment dire que cela ne me convient pas. »
Ou simplement :
« Je ne sais pas encore. »
Le rôle du coach spécialisé n'est donc pas d'obtenir l'accord du client. Il est de créer les conditions permettant au client de choisir, expérimenter et s'approprier réellement son changement. Parce qu'entre accepter un objectif et s'engager dans un objectif, il existe une différence essentielle. Et cette différence peut déterminer tout le reste de l'accompagnement.
Les outils s'apprennent.
Le TDAH se comprend.
La posture se travaille.
L 'expertise se construit.
TDAH EC
À suivre — Épisode 3
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Une personne peut sembler organisée, adaptée et parfaitement fonctionnelle. Mais que se passe-t-il lorsque cette apparente facilité repose sur des stratégies de compensation extrêmement coûteuses ?
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