Masking & TDAH : ce que le coach ne voit pas toujours
- il y a 16 heures
- 6 min de lecture
Les coulisses du coaching TDAH — Épisode 3
Une personne arrive à l'heure à chaque séance. Elle semble organisée. Elle connaît parfaitement son fonctionnement. Elle peut expliquer les stratégies qu'elle devrait utiliser et, lorsqu'on lui demande comment elle gère son quotidien, elle donne l'impression d'avoir développé des solutions efficaces. De l'extérieur, tout semble fonctionner.
Mais une question essentielle manque peut-être : Combien d'énergie lui faut-il pour que tout cela fonctionne ?
Certaines personnes vivant avec un TDAH compensent, anticipent ou dissimulent leurs difficultés, au point que ces comportements finissent par devenir de véritables stratégies d’adaptation. On parle alors souvent de masking, ou camouflage.
Et pour le coach spécialisé TDAH, apprendre à regarder au-delà de ce qui est immédiatement visible est essentiel.
Quand s'adapter devient une compétence
Une personne vivant avec un TDAH ne découvre généralement pas ses difficultés le jour où elle commence un coaching. Elle a déjà une histoire. Pendant des années, elle a dû trouver des moyens de composer avec les oublis, les retards, la distractibilité, les difficultés d'organisation ou la gestion parfois complexe des tâches quotidiennes. Elle a donc développé des stratégies. Certaines sont très efficaces. Arriver trente minutes trop tôt pour ne jamais être en retard. Multiplier les alarmes. Vérifier plusieurs fois son sac avant de partir. Tout noter immédiatement par peur d'oublier. Préparer excessivement une réunion pour ne pas perdre le fil. Observer les autres afin de comprendre ce qui est attendu. Ces stratégies peuvent permettre à la personne de fonctionner. Elles peuvent même devenir de véritables forces. Mais elles peuvent également avoir un coût que l'entourage — et parfois la personne elle-même — ne voit plus.
Fonctionner ne signifie pas fonctionner sans effort
C'est probablement l'une des distinctions les plus importantes dans l'accompagnement du TDAH. Nous observons facilement le résultat. La personne est à l'heure. Le travail est terminé. Le rendez-vous n'a pas été oublié. L'organisation semble efficace.
Mais nous voyons beaucoup moins facilement l'effort nécessaire pour obtenir ce résultat.
Une personne peut sembler parfaitement organisée parce qu'elle consacre une énergie considérable à anticiper le moindre oubli. Elle peut sembler très attentive pendant une réunion alors qu'elle mobilise toutes ses ressources pour maintenir son attention. Elle peut respecter toutes ses échéances… puis être totalement épuisée une fois rentrée chez elle. Le résultat visible est donc une information. Mais il ne raconte pas toute l'histoire.

Le masking peut aussi entrer dans la relation de coaching
Le coaching n'échappe pas à ces mécanismes. Un client peut arriver parfaitement préparé. Avoir complété les exercices proposés. Connaître le vocabulaire du TDAH. Expliquer avec beaucoup de précision ce qu'il devrait faire. Et donner au coach l'impression d'une grande maîtrise.
Le risque serait alors de conclure trop rapidement : « Cette personne sait parfaitement comment gérer son TDAH. » Peut-être. Mais savoir ce qu'il faudrait faire et parvenir à mobiliser cette stratégie au moment où elle est nécessaire sont deux choses différentes. C'est précisément ici que la compréhension des fonctions exécutives devient importante.
Une personne peut parfaitement connaître une stratégie sans réussir à l'activer lorsqu'elle est fatiguée, surchargée, distraite ou confrontée à plusieurs demandes simultanées.
Le problème n'est donc pas nécessairement un manque de connaissances. Il peut se situer dans la possibilité de mobiliser ces connaissances dans la vie réelle.
Le coach n'a pas à « démasquer » son client
Parler de masking peut facilement conduire à une mauvaise interprétation. Le rôle du coach n'est pas de chercher ce que son client lui cacherait. Il ne s'agit pas de suspecter chaque comportement adapté ou chaque réussite. Il s'agit plutôt d'introduire une dimension supplémentaire dans l'exploration : le coût de l'adaptation. Au lieu de demander uniquement : « Est-ce que cette stratégie fonctionne ? » le coach peut aussi explorer :
« Quel effort vous demande-t-elle ? »
« Est-ce que vous pouvez la maintenir dans le temps ? »
« Que se passe-t-il lorsque vous êtes fatigué ? »
« Qu'est-ce qui se passe lorsque votre système habituel ne peut plus fonctionner ? »
Ces questions permettent de distinguer une stratégie réellement soutenante d'une stratégie qui permet certes de fonctionner… mais au prix d'un effort disproportionné.
Une stratégie efficace peut aussi être trop coûteuse
C'est un paradoxe important. En coaching, nous cherchons naturellement ce qui fonctionne. Mais une stratégie peut fonctionner et ne pas être durable. Prenons une personne qui évite systématiquement les retards en arrivant quarante-cinq minutes avant chaque rendez-vous. La stratégie fonctionne. Elle n'est jamais en retard. Mais si elle organise toute sa journée autour de cette peur du retard, la question devient différente. Le coach ne cherche plus simplement à savoir : « Avez-vous résolu votre problème de ponctualité ? ». Il peut demander : « Cette solution vous convient-elle réellement ? ». La différence est considérable. Le coaching spécialisé ne cherche pas uniquement l'efficacité. Il cherche aussi la soutenabilité.
Ce que la recherche nous apprend
Le camouflage a longtemps été principalement étudié dans le domaine de l'autisme. Des travaux récents commencent cependant à s'intéresser à ce phénomène chez les adultes présentant un TDAH. Une étude publiée en 2024 dans Autism Research a comparé trois groupes d'adultes : des personnes avec TDAH, des personnes autistes et un groupe contrôle apparié en âge et en sexe, avec 105 participants dans chacun des groupes. Les adultes présentant un TDAH rapportaient davantage de camouflage global et d'assimilation que les participants du groupe contrôle.
Ces résultats suggèrent que les comportements de camouflage ne sont pas nécessairement spécifiques à l'autisme. Ils doivent toutefois être interprétés avec prudence. Les auteurs soulignent notamment que l'outil utilisé avait été initialement développé pour étudier le camouflage des traits autistiques. Ils appellent donc à poursuivre les recherches et à développer des outils permettant de mieux étudier le camouflage au-delà de l'autisme.
Pour le coaching TDAH, cette recherche apporte néanmoins une réflexion importante : ce que nous observons extérieurement ne renseigne pas nécessairement sur l'effort nécessaire pour maintenir ce fonctionnement.
Référence scientifique
van der Putten, W. J., et al. (2024). Is camouflaging unique for autism? A comparison of camouflaging between adults with autism and ADHD. Autism Research.
Ne pas transformer toutes les compensations en problème
Il faut également éviter l'excès inverse. Compenser n'est pas nécessairement négatif. Au fil de leur parcours, de nombreuses personnes avec un TDAH ont développé des stratégies extrêmement créatives et efficaces.
Elles ont appris à anticiper.
À structurer leur environnement.
À utiliser des rappels externes.
À contourner certaines difficultés.
À mobiliser leurs forces.
Ces adaptations constituent souvent de véritables ressources.
Le travail du coach n'est donc pas de les supprimer sous prétexte qu'elles constituent des compensations. Il s'agit plutôt de distinguer : ce qui aide réellement la personne de ce qu'elle doit maintenir au prix d'un effort excessif.
Une question différente pour le coach spécialisé
Face à une stratégie qui semble fonctionner, le coach peut être tenté de conclure : « Parfait, gardons cela. ». Le coaching spécialisé invite parfois à ajouter une question : « Et comment vous sentez-vous lorsque vous fonctionnez ainsi ? »
Cette question déplace légèrement le regard. On ne s'intéresse plus uniquement à la performance. On s'intéresse également à l'expérience de la personne. Et c'est parfois là que l'on découvre qu'une stratégie apparemment parfaite est devenue épuisante.
L'objectif n'est pas de mieux cacher son TDAH
Un accompagnement spécialisé ne devrait pas avoir pour objectif de rendre la personne toujours plus performante dans sa capacité à compenser. Il devrait lui permettre de mieux comprendre son fonctionnement. De conserver les stratégies qui lui sont réellement utiles. D'en modifier certaines. D'en abandonner d'autres. Et parfois de construire un environnement dans lequel elle a moins besoin de compenser. Autrement dit, le coaching ne cherche pas uniquement à rendre le fonctionnement plus efficace. Il cherche à le rendre plus adapté et plus durable.
En conclusion
Une personne peut sembler parfaitement adaptée… et fournir une énergie considérable pour le paraître. Pour le coach spécialisé TDAH, observer le résultat ne suffit donc pas toujours. Il faut parfois s'intéresser à ce que ce résultat exige de la personne. La question n'est plus uniquement : « Est-ce que cela fonctionne ? » Elle devient : « Cela fonctionne… mais à quel prix ? »
Parce qu'une stratégie réellement adaptée ne devrait pas seulement permettre de fonctionner aujourd'hui. Elle devrait aussi pouvoir être soutenue demain.
Les outils s'apprennent.
Le TDAH se comprend.
La posture se travaille.
L 'expertise se construit.
TDAH EC
À suivre — Épisode 4
TDAH et régulation émotionnelle : quand la peur de décevoir s'invite dans le coaching
Que se passe-t-il lorsqu'un client revient en séance sans avoir réalisé ce qui était prévu ?
S'agit-il d'un manque de motivation ? Ou cette situation peut-elle nous apprendre quelque chose de beaucoup plus intéressant sur son fonctionnement ?
Dans le prochain article, nous verrons pourquoi ce qui n'a pas fonctionné n'est pas nécessairement un échec : c'est souvent une information.




